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Magnétique île de Pâques...


Rapa Nui ou l’île de Pâques.

Avant d’arriver ici, on savait bien peu de choses de cette île de Pâques. On avait vu ici ou là des photos de ces statues de pierre immenses sans rien en savoir de plus ou presque. On a trouvé ici une île très spéciale. J’aurais tendance à penser que c’est une terre magique. En tout cas, une terre chargée d’une énergie très particulière.

L’île est toute petite, une vingtaine de kilomètres seulement sur chacun des côtés du triangle qu’elle compose. L’île de Pâques, qui s’appelle officiellement désormais, Rapa Nui (du nom du peuple qui l’habite) est une île volcanique. Elle a hérité, des trois volcans qui la façonnent, des paysages fascinants faits de champs de lave refroidies, de pierres noires, de grottes de laves et de collines tassées par les années. La mer n’est jamais très loin. Les couleurs de cette île sont étonnantes : la terre y est rouge, l’herbe, verte d’un vert presque fluo. Tous les éléments y sont à leur intensité maximale. L’Océan Pacifique se déchaîne sur les côtes de l’île dans des vagues très impressionnantes. Le vent y souffle tous les jours, la pluie, quand elle tombe, se déverse avec furie. Et on dit du soleil de l’île de Pâques que c’est le plus brûlant de toute la terre.

Je ne sais pas exactement d’où cette île a tiré tant de charmes pour nous et pour tant d’autres voyageurs, mais c’est un fait, c’est une île magnétique…



Ici c’est le Chili depuis 1888. Mais les Rapa Nui qui ont peuplé l’île, malgré tous les métissages actuels, gardent une identité à part. Ils sont Rapa Nui de générations en générations souvent. Ils ont leur propre langue (le rapa nui), héritée des premiers hommes arrivés sur cette terre, des Polynésiens, venus vraisemblablement des Marquises, en pirogue. Rapa Nui est l’une des îles habitées les plus isolées géographiquement (aujourd’hui environ 7000 personnes). Des milliers de kilomètres la séparent de Santiago au Chili et de la Polynésie de l’autre côté. Aujourd’hui, l’isolement est moindre, car il existe un vol par jour pour Santiago et un par semaine pour Tahiti. Le ravitaillement se fait par bateau régulièrement. Mais à une époque pas si lointaine, les années 1950, il n’y avait qu’un ravitaillement par an.


L’île de Pâques est notamment fascinante pour son musée à ciel ouvert. Toute l’île est un vaste champ d’archéologie. Il existe de nombreux sites repérés pour voir les moaïs mais d’autres sont dispersés un peu partout sur l’île.

à Tongariki

Il en existe environ 900 sur toute l’île. Evidemment, se trouver face à un moaï pour de vrai a quelque chose de puissant. Ces statues de pierre érigées font plusieurs mètres de haut et plusieurs tonnes. Cela étant, je trouve que c’est tout aussi puissant de se trouver face aux moaïs qui gisent face contre terre. Icônes déchues....

à Vaihu, moaïs au sol

Plus que les énigmes et querelles de scientifiques pour savoir comment les moaïs de plusieurs tonnes ont été transportés, ce qui nous a marqué c’est le destin d’un peuple et sa renaissance. C’est la puissance incroyable d’une civilisation sur un ilôt âpre où les ressources étaient rares.


Le peuple Rapa Nui a connu une époque de développement de plusieurs siècles en vouant un culte particulier aux anciens, chefs de clans, leurs âmes faites de statues de pierres : les moaïs. Ce culte a demandé un travail considérable de sculpture, de déplacement de pierres, de construction de plateformes pour les supporter… Puis, les ressources se sont taries, peut être à cause de guerres, de sécheresses, et le bois a fini par disparaître de l’île. Le culte des moaïs s’est alors arrêté et toutes les statues ont été renversées ou ont fini par tomber d’elles-mêmes. Ce n'est qu'après que les archéologues en ont redressé une partie à l'identique de temps plus anciens.

On a rencontré Céline, une française qui vit avec un Rapa Nui, installée sur l’île, et elle nous disait : "je me demande ce qui s’est passé dans leurs coeurs au moment où il a fallu renverser les moais... Qu’importe la raison, un jour ils ont arrêté d’y croire...." Ces moaïs qui font partie intégrante du paysage de l'île racontent - sans en livrer tout le secret - l'histoire de ce peuple du Pacifique.


( les moaïs enterrés par la nature avec les siècles, à la carrière de Rano Raraku, d'où sont sortis presque toutes ces statues)


Le destin du peuple Rapa Nui a été terrible, en peu de temps au 19° siècle il a subi une descente esclavagiste de péruviens, et la population a été déportée pour travailler loin, puis, des maladies jusque-là inconnues se sont transmises et ont décimé la population restante. En l’espace d’un siècle, la population est passé de 3000 à 111 habitants. Mais tel un Phoenix, le peuple Rapa Nui a survécu. Aujourd’hui, ceux qui y vivent, aiment profondément leur terre, même si cette île reste âpre et isolée. Pour certains, ce petit bout d’île est un pays tout entier et ils n’iront jamais ailleurs. Ils en prennent soin et ont développé une bonne conscience de la nécessité de préserver les éléments archéologiques, et l’environnement de façon générale.



Pour notre part, 10 jours ici sont bien peu, mais déjà bien plus que la plupart des touristes qui s’y arrêtent 2-3 jours en moyenne. Assez en tout cas pour sentir que ce paysage nous fait nous poser des questions essentielles sur nos destinées humaines. C’est une terre qui questionne plus qu’elle n’apporte de réponse sans doute, mais c’est déjà beaucoup…



Un charme supplémentaire pour moi venait sans doute du fait que l’on est entré ici dans le monde hispanophone que j’aime particulièrement. Cette langue m’a toujours énormément plu. Et c’est un bonheur particulier de pouvoir s’exprimer avec les locaux dans leurs langues. (ou du moins la langue qu’ils utilisent tous les jours, à défaut de parler leur langue rapa nui).

Le séjour a été marqué par quelques belles rencontres, je pense à Mario le pêcheur à la voix grave qui montre les tortues géantes dans le petit port place Hotu Matua. Je pense aussi à Céline, la conteuse du Pacifique, et encore à Tina qui m’a parlé de son île avec tant de douceur dans la voix.


(Cléo qui a bien compris à quoi servait

ma "moumoute" de micros...)

Traduction des voix de cette dernière séquence sonore : la petite fille : dis-moi, cet arbre, il s'appelle comment ? sophie : je crois que c'est l'aito... ça te dit quelque chose l'aito ? la petite fille : je ne sais pas... les arbres de bananiers font plus de bruit...


la petite fille : hier, on était par là-bas en train de regarder la pluie tomber et il y a eu un arc-en-ciel... tu l'as vu ? Sophie : oui je l'ai vu la petite fille : ciao !



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